Contribution aux journées des 21 et 22 février 2009 – St Jean du Gard
Bonjour à tous !! et désolée de ne pouvoir venir partager ces moments avec vous.
Je vous livre mes réflexions pour sortir du capitalisme,
et passer d’une économie de marché à une «économie de besoin ».
Préambule
Pour avoir une chance de changer ce monde, nous devons changer radicalement notre vision des choses et nos croyances à propos de l’argent.
Nous devons nous réveiller et comprendre que l’argent n’est pas une denrée rare dont nous subissons la pénurie. En dépit d’une croyance populaire encore tenace, l’argent sur cette planète est aujourd’hui créé par un simple clic informatique et ne peut donc, en aucun cas, venir à manquer.
Contrairement aux ressources naturelles qui, elles, sont limitées, l’argent est créé par des hommes, pour des hommes et il n’y a personne au dessus de nous (nous, l’humanité) pour nous dire combien d’argent nous voulons voir circuler sur la planète, à qui il doit être confié et à quoi il doit servir.
Seule une sorte de « religion de l’économique » nous a amenés collectivement à penser qu’il fallait (au nom de quoi ???) en limiter le volume et la distribution.
Nous devons aujourd’hui dire cette vérité à ceux qui ne la savent pas encore.
Nous sommes légitimes à exiger, face aux élites en place, la restitution aux peuples de la Terre, de la liberté de créer et de gérer démocratiquement la masse monétaire mondiale afin qu’ils puissent l’utiliser pour rééquilibrer les désordres écologiques et humanitaires qui découlent de la gestion actuelle du monde.
Des règles éthiques et écologiques doivent remplacer les règles financières perverties qui président aujourd’hui au fonctionnement de nos sociétés. Oui, il s’agit bien là d’un changement de civilisation.
Je propose que nous passions de l’économie de marché -que j’ai coutume d’appeler l’économie de Cromagnon- à une « économie de besoin », c’est-à-dire une économie du partage et de la coopération entre les peuples, dans le respect total des ressources de la Terre.
Actions
Pour y parvenir, je propose des mesures à prendre d’urgence, à différents niveaux de décision : niveau international ; niveau national ; niveau local.
Au niveau international :
1) Annulation de toutes les dettes, publiques ou privées, d’états ou individuelles, dettes des pays pauvres mais aussi des pays dits « riches ». C’est la condition indispensable pour permettre une véritable remise à zéro des compteurs et une mise à plat du système économique mondial actuel, avant l’instauration d’une « économie de besoin » planétaire, seule capable à mes yeux d’enrayer la machine infernale de la crise écologique et humanitaire mondiale.
2) Les banques, nationales ou internationales (banque mondiale, FMI, FED,BCE) doivent redevenir des biens publics, des services publics gérés démocratiquement par les citoyens.
3) Fermeture de toutes les places boursières et pénalisation juridique de toute forme de spéculation.
4) Création d’un nouveau système financier mondial construit comme suit :
a) Une « monnaie intérieure », émise par chaque état (récupération du droit régalien à battre monnaie), en quantité illimitée pour subvenir de toute urgence aux besoins de chaque population. Elle doit être équitablement distribuée et destinée à un usage uniquement intérieur au pays.
b) Une « monnaie export » internationale unique, ne servant qu’aux échanges internationaux de marchandises, la parité étant égale pour chaque pays.
Plus de distorsion entre des pays riches ou pauvres par des valeurs monétaires faibles ou fortes.
c) L’argent circule à taux zéro. Il est non thésaurisable.
5) Le droit à la propriété privée est limité aux biens de consommation à usage personnel (vêtements, livres, meubles, véhicule, etc…)
Sont considérés comme des biens communs collectifs et inaliénables, tous les biens primordiaux nécessaires à la vie : l’eau, la nourriture, la terre, les soins, le savoir, les ressources énergétiques, les paysages, les semences, l’air, la biodiversité, etc…
L’ONU doit être le garant de la préservation de la planète, du partage équitable des ressources entre les peuples, du respect des droits de l’homme et de l’éthique économique mondiale.
Au niveau national
L’état est en charge du budget de la nation qui s’articule sur trois axes :
1) La gestion des besoins nationaux et des infrastructures collectives (écoles, routes, hôpitaux, crêches, maisons de retraite, énergies, gares, aéroports, etc…) et gestion des biens communs. Sa politique est dictée par la consultation en démocratie directe de tous les citoyens, chaque fois qu’une loi (ou une règle), qui s’applique à tous, doit être choisie.
La prise de décision au concensus doit être enseignée et pratiquée dès le plus jeune âge, par exemple dans les écoles ou dans des « maisons citoyennes » à créer dans chaque commune.
2) La gestion et la distribution du « Revenu Citoyen Universel ». Ce revenu, indépendant du fait que l’on exerce ou pas une activité, doit être versé de façon inconditionnelle, de la naissance à la mort. Il doit être suffisant pour pouvoir vivre dignement. Sa contrepartie pourrait être ce que Marie-Louise Duboin appelle un « contrat civique » par lequel chaque citoyen apporterait librement sa contribution à la bonne marche de l’ensemble de la société, selon ses affinités avec certaines activités ou son désir d’apprendre d’autres choses. Il peut être majoré au prorata des heures effectuées pour des tâches ayant un coefficient de pénibilité reconnu (égoûts, déchets hospitaliers, travail dans des morgues, martaeu piqueur, etc…à définir)
3) L’Etat, par le biais d’une Banque Nationale Citoyenne, est chargé de la gestion de la masse monétaire nationale. Celle-ci est strictement égale au PNB (Produit National Brut) c’est à dire égale à la valeur des biens et/ou services produits dans le pays. Cette masse monétaire augmente au fur et à mesure de la mise sur le marché intérieur des produits manufacturés (ou des services) sur le territoire national. Elle diminue au fur et à mesure que ces mêmes produits sont vendus aux citoyens. Chaque fois qu’un produit est vendu, un service facturé, son prix est déduit de la masse monétaire nationale circulante.
Pour pouvoir chiffrer ce PNB, en économie de besoin, il convient de modifier quelques règles concernant l’élaboration du prix de vente d’un produit.
Le prix d’un produit doit être égal à son prix de revient. Son prix de revient est égal à la somme du prix des matières premières utilisées + le coût en heures de travail qui auront été nécessaires + l’amortissement des machines et matériels utilisés + le remboursement des prêts d’Etat à taux zéro qui ont peut-être été nécessaires + un bonus/malus écologique selon l’empreinte écologique portée.
Une différence majeure est à souligner : Aucun salaire n’est versé à ceux qui oeuvrent dans ces nouvelles formes d’entreprises, puisque les salaires sont remplacés pour chacun par le « Revenu Citoyen Universel ».
Le nombre d’heures de main d’œuvre est chiffré et déclaré à l’état, uniquement dans le but de faciliter la gestion prévisionnelle des heures de travail à effectuer dans le cadre du « contrat civique individuel ».
Ainsi se réalise la véritable libération à la fois écologique et citoyenne, par la déconnection totale entre le travail et le revenu individuel.
Chacun reçoit de quoi vivre dignement de façon inconditionnelle et on ne produit que ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins d’une population. On s’arrête de produire quand ces besoins sont satisfaits. La parfaite règle financière qui s’applique étant : « masse financière distribuée = valeur des biens produits pour répondre aux besoins identifiés », il est enfin possible de cesser de produire jusqu’à épuisement total des ressources planétaires, juste pour justifier du versement de revenus aux êtres humains.
Au niveau local (échelle /Région)
La règle est évidemment la démocratie directe par des moyens à mettre en place localement.
1) Evaluation des besoins locaux en nourriture, biens de consommation, services
2) Evaluation des moyens nécessaires et des moyens locaux disponibles (entreprises existantes, bâtiments à réhabiliter, outils ou machines sous-utilisées,…)
3) En cas de manque, rechercher, par cercles concentriques de proximité, des moyens complémentaires
4) Evaluation des heures de travail nécessaires à la réalisation des produits et services demandés
5) Gestion de la banque de données des disponibilités en ressources humaines (sur le modèle des SEL par exemple) et appel à contributions dans le cadre des contrats civiques individuels
6) Demande de prêts à la Banque nationale. Le remboursement se répercutera sur le prix des produits finis
7) Il peut être décidé d’augmenter le PNB prévisionnel local afin d’apporter une contribution volontaire par des surplus exportables.
Et la liberté individuelle dans tout ça ? Hé bien elle est décuplée. En effet, chacun peut enfin choisir son activité « à la carte » et presque au fil de l’eau. Les activités les plus pénibles sont valorisées financièrement, les activitées « corvées » peuvent être mutualisées ou effectuées à tour de rôle. En tout état de cause, plus personne n’a à s’angoisser pour sa survie et son avenir.
C’est quand qu’on commence ? … quand vous voudrez !
Je vous embrasse tous, bonnes réflexions et à très bientôt.
Joëlle Taillefer, trésorière d’ADEROC, altermondialiste et militante distributiste
Commentaires
Ce que vous décrivez là existe déjà, c'est le communisme. Et si l'homme était parfait, cela pourrait peut-être fonctionner. Mais l'homme est imparfait. Si du jour au lendemain, un revenu suffisant vous est garanti à vie, et que travailler ne vous rapporte rien de plus, combien de gens iront encore travailler ? L'URSS, les pays de l'Est et la Chine ont essayés durant de nombreuses années, pour en arriver à une faillite du système (pas une faillite au sens capitaliste, mais au sens que les soins étaient très mauvais, les gens n'avaient pas de voiture, ils mangeaient mal....). Ceci est une utopie, donc irréalisable.
L'inconnuC'est vrai on peut appeler ca une utopie, en effet l'homme est imparfait mais je pense que rien n'est impossible, de toute façon bientot nous n'auront plus le choix.De plus pourquoi la plupart des gens n'aiment pas travailler?Parcequ'ils travaillent pour enrichir toujours la meme categorie de gens,ils sont exploites,et n'ont meme pas le temps de vivre,ni les moyens pour beaucoup;le partage du travail(puisqu'il se fait rare)permettrait une repartition telle que l'on pourrait prendre le temps de vivre,et les taches ingrates seraient aussi partagees.;donc le rapport au travail serait bien different car on saurait pourquoi on travaille.Bon maintenant reste à changer les mentalites ,ce qui sera complique pour les privilegies actuels qui s'enrichissent sur le dos des travailleurs.Il me semble aussi que les pays cites dans le precedent commentaire n'étaient pas spécialement démocratique;d'un coté le peuple qui trime de l'autre les gouvernants qui tirent les ficelles,alors là déjà c'était pas viable dès le départ;faut d'abord eveiller les consciences,et si un jour plus personne n'est dans le besoin,le rapport à l'argent au travail et les rapports entre les hommes pourront etre très différents.
cecileRéponse à l'inconnu du 9 mars : Ce qui est décrit là n'a jamais été mis en oeuvre, vous devriez lire jusqu'au bout...
freddstrLe communisme, comme le capitalisme ne peuvent plus fonctionner car ces systèmes sont REdistributistes : ils nécessitent de faire des profits qui seront ensuite REdistribués plus ou moins équitablement suivant les régimes : Ce qui implique de produire à n'importe quel prix écologique et social pourvu que ça rapporte ! Ce que vous pouvez lire ci-dessus, c'est du Distributisme, la 3ème voie économique qui reste à explorer, et qui fait de plus en plus d'adeptes... parmis les hommes parfaits ;-) _(les femmes le sont déjà_lol)_
Vous êtes vous demandé pourquoi l'homme était loin d'être parfait ? Peut-être le fait d'être né et éduqué dans un système inique et sans pitié y est pour quelque chose, non ? Evidemment, les distributistes historiques ont déjà pensé aux problèmes de ce système (dont l'origine remonte au 17éme sciècle) et des solutions plus ou moins heureuses ont été apportées. Ce qui semble évident c'est que les consciences évoluent lentement et qu'une période de transition, d'adaptation soit nécessaire pour passer du Redistributisme au Distributisme : par exemple la mise en place d'un Revenu d'Existence complété par un Revenu d'activité, Le Revenu d'activité diminuant progressivement au profit du Revenu d'existence jusqu'à son remplacement sur une période donnée.
L'URSS, les pays de l'Est et la Chine se sont essayés durant de nombreuses années, à réformer le Capitalisme pour en arriver à une faillite du système car le Communisme n'est que du Capitalisme avec changement de propriétaire ! C'est la démonstration que le Capitalisme ne se réforme pas puisque, on le voit aujourd'hui, la chine fonctionne suivant le système capitaliste ou d'économie de marché. Ce qui est une utopie, c'est de croire que l'on peut réformer le capitalisme et de croire que ce système est indépassable et qu'il existera toujours...
npa (note pour avertir) : Pour vous rassurer, dans notre société actuelle il y a déjà beaucoup de gens qui ne travaillent pas, soit par choix , soit par faillite du système (chômage, temps partiel imposé) , soit par défaut de formation, soit par inadaptation physique ou mentale, et le système actuel fonctionne quand même, mal, mais il fonctionne et fait quelques poignées de gens très riches, de plus en plus riches. Mail il fait aussi de plus en plus de pauvres et même chez ceux qui ont encore du boulot et qui doivent choisir entre se soigner se nourrir ou s'habiller ou se loger mieux. Pour ma part je ne pense pas que ce système soit meilleur que le communisme, surtout quand on voit la tournure que prend le service public actuellement.
Le REdistributisme doit disparaitre au profit du Distributisme... vite !
Rectificatif (dont l'origine remonte au 19éme sciècle)
freddstrDésolé, j'ai un peu de mal avec les conversions...
Cela donne effectivement à réfléchir. Jusqu'à présent, tous les indicateurs de l'économie prouvaient qu'il faut produire pour stimuler la consommation. Les opposants affirmaient qu'il fallait stimuler la consommation par l'augmentation du pouvoir d'achat. Les évènements de ces dernières années prouvent que personne n'a raison dans la durée. Alors, pourquoi pas l'économie de besoin ? On peut toujours essayer.
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