Une visite chez les cousins britanniques des objecteurs de croissance

L’histoire de la Transition commence vers 2005, lorsque quelques passionnés de permaculture s’inquiètent du changement climatique en cours et de l’imminence du pic du pétrole… Ils ont le sentiment qu’il faut agir vite, très vite. Et ils décident donc d’agir, sans attendre de miracle technologique, et sans attendre d’être pris en main. Ils agissent d’abord à l’échelle de leur ville, Totnes, dans le Devon. Bientôt des citoyens d’autres villes et villages les imitent, donnant naissance au réseau des « transition towns », qui a récemment traversé les frontières, avec jusqu’à présent une prédilection pour les pays anglophones. Et aujourd’hui, ce réseau en plein essor regroupe déjà plus de 100 lieux en transition (villes, villages, îles, forêts…), et plus de 700 groupes en formation.

Leur idée est qu’il faut engager sans attendre la transition vers une société peu émettrice de gaz à effet de serre et peu dépendante du pétrole. Que nous le souhaitions ou non, ce changement s’imposera à nous : pour éviter que le choc ne soit trop brutal, il faut dès aujourd’hui reconstruire la résilience locale de nos villes et de nos villages. La résilience désigne la capacité d’un système à encaisser un choc – ici, la fin du pétrole bon marché – sans s’effondrer. Mais leur credo est aussi que ce changement inévitable doit être compris comme une chance inespérée d’inventer un monde meilleur : pour cela, nous devons construire collectivement des visions positives de notre avenir. La Transition se veut une forme de libération, qui offre aux communautés locales la possibilité de reprendre leur destin en main, et aux individus de renouer entre eux des liens enrichissants.

Alors la Transition est-elle une sœur jumelle de la décroissance ? Pas exactement, car des divergences existent, qui tiennent à la culture, au langage, à l’histoire locale… Mais ces deux mouvements sont indéniablement cousins, et ont certainement beaucoup de choses à apprendre l’un de l’autre. Voici donc un aperçu de trois initiatives différentes dans le Devon, berceau de la Transition, pour mieux connaître ces cousins britanniques des objecteurs de croissance.

(suite prochainement…)

Luc Semal et Mathilde Szuba