Nous connaissons beaucoup d'idées, d'alternatives, d'expérimentations. Mais pourquoi ne se généralisent-elles pas ? Pour deux raisons principales : la majorité des gens n'y adhère pas (ne s'y intéresse même pas ou à la marge) ; nos alternatives sont presque toutes coincées par l'obligation de rentabilité économique.

Une alternative au capitalisme doit convenir non à 51% des gens mais à 80 %, sinon ça fait trop de frustrés et c'est presque du totalitarisme. Une relocalisation trop rapide de l'économie serait vécue comme un retour à l'autarcie. Comment faire adhérer la grosse majorité de nos concitoyens, avides de pouvoir d'achat - consommation et de moins en moins capables de réfléchir par eux-même ? En leur faisant comprendre qu'ils resteront libres de continuer à consommer dans le nouveau système à peu près comme avant, mais qu'en plus ils seront débarrassés des problèmes de chômage, de retraite, et que les problèmes environnementaux se résoudront rapidement. Comment est-ce possible ?

Une alternative au capitalisme doit remettre en cause et dépasser les fondements principaux du capitalisme :

  • la rentabilité économique. Qui se traduit souvent par la recherche de profit financier maximal, mais qui conditionne aussi nos coopératives et associations à but pas ou peu lucratif. Rentabilité économique due aux intérêts, qui fait qu'à l'échelon de la terre, l'augmentation est exponentiellement illimitée. (Cf. « Mais où va l'argent ? » de Marie-Louise Duboin, la vidéo « Argent dette » de Paul Grignon...). Il faut donc une monnaie sans intérêt.
  • la compétition permanente. La compétition est due en bonne partie au fait que les richesses ne sont pas réparties équitablement mais en fonction d'un critère qui est rare : le travail. On produit beaucoup trop avec de moins en moins de personnes, le travail est devenu rare. Il faut répartir les richesses sans tenir compte du nombre d'heure de travail réalisé et équitablement.

Dans nos alternatives, quelles sont celles qui fonctionnent sans intérêt et permettent une répartition équitable des richesses ? A ma connaissance, je n'en connais que deux : l'Economie Distributive (le minimum nécessaire) et l'Usologie Politique (qui va encore plus loin).

L'accès non monétaire aux ressources et richesses produites (prônée par l'Usologie Politique) n'est à mes yeux pas aujourd'hui possible en occident, il faut un outil de régulation : la MONNAIE DISTRIBUTIVE (qui se crée en même temps qu'on remplit nos magasins et qui se détruit quant nous achetons les biens et services). Associée à un REVENU SOCIAL ÉQUITABLE (indépendant du nombre d'heures travaillées), on peut enfin PARTAGER LE TRAVAIL ÉQUITABLEMENT. Les activités productives n'ont plus pour objectif de générer du profit, mais de satisfaire les consommateurs en générant le moins de travail possible : publicité et incitations à la consommation disparaissent toutes seules, une décroissance se met en place naturellement. On favorise ainsi les solutions qui demandent le moins de ressources (au lieu de celles qui génèrent le plus d'argent au travailleur ou à l'actionnaire). Coopération et relocalisation de l'économie deviennent naturelles et désirées.

80 % des gens adhéreront puisqu'ils gagneront mieux dans un tel fonctionnement que dans le capitalisme (où, même avec 10.000 Euro par mois, il faut économiser pour sa retraite, pour les études des enfants...). Ils passent d'un système où la plupart n'ont pas assez ou peur de manquer à un système où ils ont plus et mieux. La seule chose qui peut les contrarier, c'est... d'être obligé de sortir de la peur de manquer...

Eric Goujot