Ce vieux modèle stratégique était fondé sur un axiome simple: «la classe ouvrière, classe de plus en plus exploitée et donc révolutionnaire devait prendre le pouvoir pour instaurer une société sans classe». Ce scénario ne s’est produit nulle part pas même dans les pays dit«socialistes», pays sous développés, et à domination paysanne, qui ont sombré dans la dictature, quand ce n’est pas la barbarie, avec retour au capitalisme. Sans parler des modèles «socialistes» de décolonisation qui ont tous échoué.
POURQUOI UNE TELLE FAILLITE ?
C’est moins le fait que toutes ces expériences aient échoué (ça peut arriver dans l’Histoire) qui compte que ce que révèle le fondement de ces expériences quand on en fait le bilan.
L’erreur fondamentale, à mes yeux, est le fait de croire que les rapports sociaux peuvent subitement, par une simple volonté collective et une «bonne» organisation, changer radicalement.
Tout le mythe de la «Révolution» et/ou du «Grand Soir» est fondé là-dessus.
Tout le mythe de l’«Homme nouveau» est fondé sur cette conception.
C’est ce mythe qui a dominé toute la problématique du changement social au 20e siècle… et qui a abouti à un désastre.
C’est ce mythe qui fonde implicitement et/ou explicitement toutes les problématiques stratégiques des organisations politiques «révolutionnaires» actuelles.
Or l’Histoire nous montre que les sociétés humaines ne «fonctionnent» pas comme cela. Un système ne cède sa place que lorsqu’un autre le «détrône» et prend sa place… Tel est le cas de la Révolution marchande qui ne s’est accomplie qu’après que le rapport marchand soit devenu quasiment dominant.
Il n’y a jamais génération spontanée d’un rapport social… le nouveau rapport social se prépare dans l’ancien système.
Ceci n’est pas un dogme, mais simplement ce que nous enseigne l’Histoire.
C’est cette lente gestation d’un nouveau rapport social qui permet l’évolution des consciences, des valeurs, des comportements sociaux… Du renversement brutal et spontané d’un système ne naît pas un «homme nouveau»… l’expérience des «soviétismes» en est la plus convaincante des démonstrations.
Si ceci est exact il nous faut entièrement revoir notre conception de l’action politique.
Finis les vieux grimoires, les dogmes, les doctrines dites «scientifiques», les prophètes, barbus ou non, qui nous ont induit en erreur, du moins concernant la stratégie du changement social.
Arrêtons d’être fascinés par les leaders pseudo révolutionnaires, purs produits médiatico-charismatiques qui nous proposent de fait un changement par le sommet (votez pour moi!)
Tirons les leçons du passé récent et sachons réexaminer l’Histoire.
PAS DE CHANGEMENT SANS PRATIQUE ALTERNATIVE
Le capitalisme, miné par ses contradictions, s’il suscite la révolte, la revendication, la résistance aux pratiques antisociales, produit aussi des pratiques qui sont/seront à terme sa propre négation.
L’exploitation salariale se double aujourd’hui d’un autre phénomène hautement symbolique et porteur d’un danger mortel pour le système: l’exclusion.
Si l’exploitation capitaliste, dans les pays développés, et ailleurs, n’a pas «tenu ses promesses» de renversement du système, l’exclusion pose d’autres types de problèmes et de questions.
Alors que le rapport salarial fondait, et fonde, le lien social, garantie certes conflictuelle - de stabilité sociale, l’exclusion fonde le délitement de ce lien et porte atteinte à la stabilité et à la viabilité du système.
Cette exclusion s’accompagne mais n’est pas forcément liée à elle quoique parfois d’une prise de conscience des aberrations sociales, humaines et écologiques des fonctionnements du système marchand.
Ainsi, la période que nous vivons actuellement voit une multiplication des initiatives locales AMAP, CUMA, SEL, Ecovillages, circuits courts de distribution,… instaurant des pratiques sinon en rupture radicale, du moins alternatives aux pratiques instaurées par le système.
Ces pratiques, outre le fait qu’elles sont un signe de la faillite de plus en plus significative du système, sont des lieux d’élaboration de nouvelles méthodes de production, de consommation et d’échanges. C’est là que peuvent se concevoir, se créer, s’élaborer les nouveaux rapports sociaux qui se substitueront aux rapports marchands. Ces structures apparaissent de plus en plus comme un substitut efficace à des rapports, de situations de plus en plus insupportables.
L’alternative économique et sociale n’est donc pas une simple invention stratégique,…. Elle correspond à la fois à une décadence du système marchand et à une volonté de trouver, de vivre, «autre chose», de nouveaux rapports sociaux et de nouvelles valeurs. A ce double titre elles doivent constituer la colonne vertébrale d’une stratégie de changement
Ces pratiques, quoiqu’encore marginales, éclatées, parfois éphémères n’en constituent pas moins le creuset indispensable dans lequel se coulera le nouveau monde que nous voulons. Ignorées par les pratiques politiciennes, marginalisées dans le militantisme éculé, de toutes les formations politiques médiatico-officielles, elles constituent le véritable espoir d’un dépassement du capitalisme et le maximum de garantie d’un non retour en arrière.
Ce même esprit alternatif doit aussi inspirer les luttes du présent comme par exemple la reprise d’entreprises par les salariés en cas de liquidation, le recours systématique à la gratuité dans des conflits comme le transport, l’énergie,…
C’est donc toute une philosophie de l’action qui est à mettre en chantier immédiatement. Alors, et seulement alors l’action politique et le concept de citoyen reprendront tout leur sens et toute leur efficacité.
Février 2009
Voir aussi les textes :
« QU’EST-CE QUE CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE ? »(1) (2) (3) (4)
« DECROISSANCE » , « TRANSITION »
Ces textes sont consultables sur les sites suivants
http://www.fedetlib.net/carnets/index.php
http://endehors.org/texts/patrick-mignard
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?auteur4
« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE » n’existe pas en version papier adresse web : http://www.fedetlib.net/carnets/MANIFESTE001.PDF
«L’ANTI SISYPHE - Pour en finir avec la marchandise» - édit. AAEL
«CRITIQUE DU SOCIALISME» - édit.AAEL
Commentaires
On dirait que le mot "autogestion" t'écorche la bouche !
Tu aurais du participer aux rencontre des cuals 34, le 1er Juin 2008 au Caylar du Larzac (une centaine de participants)
Atelier Autogestion, conclusion provisoire :
1 - l'Autogestion désigne la gestion directe d'un groupe humain par les membres de ce groupe. C'est la forme élémentaire de la démocratie.
2 - les décisions sont prises par l'Assemblée Générale, composée de tous les membres du groupe. C'est le Conseil de base ou le Comité Local.
3 - l'Assemblée Générale nomme et révoque des délégués pour des taches précises.
4 - les délégués des conseils locaux se constituent en un conseil concernant un groupe plus vaste : conseil départemental, régional, national, international (...intergalactique dans le cas du Chiapas).
5 - l'ensemble constitue la Pyramide des Conseils où tous les niveaux obéissent aux mêmes principes : assemblée générale fréquente et souveraine, démocratie directe et délégation avec mandat et compte-rendu impératifs.
Cette forme d'organisation remonte à la plus haute antiquité. Elle a été petit à petit remplacée par des formes politiques autoritaires : aristocratie, monarchie, ploutocratie, centralisme démocratique, dictatures militaires (généralisées en Afrique). Elle ne survit que dans des petits groupes autonomes (anarchistes).
La révolution industrielle du dix-neuvième siècle a encouragé le développement du suffrage universel (sans les femmes) et de la démocratie bourgeoise représentative - les délégués (députés, sénateurs) sont élus pour une longue durée (cinq ans, neuf ans et parfois même à vie) sans mandat impératif, sans possibilité de révocation, sans obligation de rendre compte, avec des avantages matériels considérables.
On en connait les conséquences : corruption, délinquance, enrichissement, impunité... et développement de l'abstention par écoeurement (50% aux Etats-Unis, 40% aux élections européennes).
Ces travers ont gagné les partis, les syndicats, les mutuelles constitués originellement sur un mode associatif. Les associations de type 1901 se rapprochent du mode autogestionnaire. Mais il y est souvent perverti par le culte de la personalité, l'opacité financière, le non-renouvellement des dirigeants, la manipulation des ag.
Dans la lutte des classes contre un adversaire puissant et centralisé, l'autogestion des luttes est particulièrement efficace. On lui doit nos principales victoires récentes :
- Mai 68 : pas de grand chef, pas de quartier général, pas de bible, pas de gourou. On a gagné.
De multiples initiatives décentralisées et spontanées. Il a fallu la collusion du pouvoir d'état et des organisations politiques et syndicales centralisées pour y mettre fin.
- Lip : assemblée générale décisionnelle en accord avec le syndicat majoritaire.
- Larzac : assemblée générale des paysans concernés. Vaste soutien. Victoire totale.
- Luttes étudiantes : comités de lutte/grève, coordinations régionales et nationales.
- Chiapas : assemblée des communautés indigènes, soutien intergalactique. Victoire.
- Non au TCE : comités 29mai, réseaux internet. Divine surprise : 54% ! On a gagné.
- Campagne Bové : cuals, réseau, initiative locale, meetings décentralisés : 500 000 !
Par contre :
- NPA, Appel Politis, Fédération, Parti de Gauche, Front de Gauche > initiatives parisiennes, médiatiques, pipolisées > échec assuré !
Rapporteur : Christian de Séte :
Le Père Peinardxian.durand@orange.fr
La suite sur www.coordcuals34.fr
Et le coin de xian sur
http://dual-web.org
svp me demander le code d'entrée
Pas du tout j'y ai consacré un article que j'ai envoyé à ce site mais qui ne l'a pas publié:
voir sur
http://www.altermonde-sans-frontier...
Patrick MIGNARDUn texte très intéressant (comme souvent pour P Mignard). Mais il me semble encore faire trop la part belle à la vison économique dans sa critique des rapports sociaux comme alternative. N'y aurait-il pas lieu de restaurer l'exigence du bonheur comme prélude à tout forme d'insurrection individuelle et collective...et la coordination des volontés individuelles comme force de l'action...Y a t-il vraiment besoin d'une stratégie du changement
Lodé ThierryBelle contribution en tout cas....
http://divergences.be/spip.php?arti...